L’essentiel en bref
- Définition : un certificat activement géré (actively managed certificate, AMC) est un produit structuré dont l’actif sous-jacent est géré de manière discrétionnaire, pendant toute la durée du produit, selon une stratégie d’investissement définie. L’investisseur détient un seul titre — avec un ISIN, logeable dans n’importe quel dépôt bancaire — qui réplique la valeur de cette stratégie.
- Ce n’est pas un fonds : juridiquement, un AMC est une créance envers son émetteur, pas une part d’un patrimoine ségrégué. Il n’est pas un placement collectif au sens de la LPCC : la protection spécifique des fonds — actifs séparés de la masse en faillite — ne s’applique pas.
- Le risque central est le risque d’émetteur : en cas de défaillance de l’émetteur, une perte totale est possible, quelle que soit la performance de la stratégie sous-jacente. Ce risque se réduit lorsque le certificat est émis par un véhicule de titrisation dédié dont les actifs sont détenus en garantie — un point qui se vérifie dans la documentation.
- Un poids lourd du marché suisse : les produits structurés ont enregistré en Suisse un volume de transactions d’environ 235 milliards de francs en 2025, en hausse de 18 % sur un an — et les AMC comptent parmi les segments qui portent cette croissance.
- Pourquoi ce succès : un AMC se lance en semaines plutôt qu’en mois, à des coûts de mise en place inférieurs à ceux d’un fonds, avec une grande liberté d’univers d’investissement — des actions aux actifs numériques.
- Le cadre existe : les recommandations de l’Association suisse des produits structurés (ASPS) imposent depuis 2020 des standards minimaux — stratégie documentée, prix établis en continu, frais détaillés poste par poste, interdiction de la double rémunération du conseiller sur les composantes du sous-jacent.
- Réflexe clé : un AMC n’est ni une bonne ni une mauvaise enveloppe en soi. Les questions qui comptent — qui est l’émetteur, le certificat est-il collatéralisé, quels sont les frais complets, où la composition peut-elle être consultée — trouvent leurs réponses dans la documentation du produit.
Introduction
La Suisse est le premier marché mondial des produits structurés : environ 235 milliards de francs de volume de transactions en 2025, en progression de 18 % sur un an. Au sein de cette famille, une enveloppe connaît un essor particulier : le certificat activement géré, ou AMC — l’instrument par lequel une stratégie d’investissement gérée activement se transforme en un titre unique, négociable et bancable.
Gérants de fortune indépendants, banques et gestionnaires spécialisés l’utilisent pour donner accès à des stratégies actions, obligataires, alternatives ou numériques sans créer de fonds. Les investisseurs, eux, le rencontrent de plus en plus souvent dans leurs portefeuilles — parfois sans que sa nature juridique, très différente de celle d’un fonds, ait été pleinement expliquée.
Cet article décrit ce qu’est un AMC, ce qu’il n’est pas, d’où vient son succès en Suisse, et les points que sa documentation doit éclairer — sans recommander ni déconseiller l’enveloppe : comme souvent, l’essentiel est de comprendre ce que l’on détient.
Qu’est-ce qu’un certificat activement géré ?
La définition de référence est celle des recommandations de l’ASPS : les AMC sont des produits structurés dont l’actif sous-jacent est, pendant leur durée, géré de manière discrétionnaire en fonction d’une stratégie d’investissement spécifique. Concrètement, trois acteurs se partagent les rôles :
- L’émetteur — une banque, une maison de titres ou un véhicule de titrisation — émet le certificat et en réplique la valeur de manière synthétique : le titre suit la stratégie, que l’émetteur détienne ou non les actifs correspondants.
- Le conseiller de la stratégie (le « Conseiller AMC » dans la terminologie ASPS) — souvent un gérant de fortune — compose et restructure l’actif sous-jacent à sa discrétion, dans le cadre de la stratégie documentée.
- L’investisseur — achète un titre unique, doté d’un ISIN, dont la valeur évolue avec la stratégie, déduction faite des frais.
La valeur d’un AMC dépend donc directement de la capacité du conseiller à appliquer sa stratégie — c’est le sens du mot « activement géré ». À la différence d’un tracker sur indice, la composition n’est pas figée par des règles mécaniques : elle évolue au gré des décisions de gestion, dans les limites que la documentation impose (catégories de placement autorisées, éventuel effet de levier, règles de diversification, fréquence de restructuration).
Ce qu’un AMC n’est pas : un fonds
La différence essentielle tient en une phrase des recommandations ASPS : l’investisseur dans un AMC ne peut pas se retourner contre l’actif sous-jacent, mais contre l’émetteur du certificat.
Dans un fonds de placement suisse régi par la LPCC, les avoirs des investisseurs forment un patrimoine distinct : en cas de faillite de la direction du fonds ou de la banque dépositaire, les actifs du fonds sont distraits de la masse en faillite au profit des porteurs. Un AMC ne relève pas de la LPCC : il appartient à la catégorie des produits structurés, encadrés par la loi sur les services financiers (LSFin) — qui impose une documentation (feuille d’information de base, prospectus selon les cas), mais pas la ségrégation des actifs ni l’agrément d’un fonds.
Les capitaux investis dans un AMC figurent au bilan de l’émetteur, comme n’importe quelle dette. Cette différence n’est pas un détail technique : elle déplace le risque principal du produit, de la stratégie vers le bilan de celui qui l’émet.
Le risque d’émetteur — et comment il se réduit
La conséquence directe est le risque de contrepartie : en cas de défaillance de l’émetteur, une perte totale est possible, indépendamment de la qualité de la stratégie sous-jacente. La documentation d’un AMC doit informer les investisseurs sur les risques de crédit relatifs à l’émetteur — c’est une exigence explicite des recommandations ASPS.
Le marché a toutefois développé des structures qui atténuent ce risque :
- Émission bancaire classique : le certificat est une dette de la banque émettrice. L’investisseur porte le risque de crédit de cet établissement, comme pour tout produit structuré non garanti.
- Émission par véhicule de titrisation (SPV) : des plateformes spécialisées émettent le certificat via une entité dédiée, hors bilan bancaire, dont les actifs correspondant à la stratégie sont effectivement détenus et affectés en garantie des porteurs. Le risque de contrepartie s’en trouve réduit — il se déplace vers la qualité de la garde et de la structure juridique.
- Produits collatéralisés : certains certificats cotés s’appuient sur des mécanismes de collatéralisation standardisés, où des sûretés sont déposées en couverture de la valeur du produit.
Aucune de ces structures ne transforme un AMC en fonds ; mais l’écart de risque entre un certificat non garanti et un certificat collatéralisé est substantiel. C’est la première question que la documentation doit permettre de trancher.
Pourquoi la Suisse aime les AMC
Trois raisons expliquent l’essor de l’enveloppe :
- La rapidité : un AMC se lance typiquement en quelques semaines, là où la création d’un fonds — agrément, organes, documentation — se compte en mois. Pour tester une stratégie ou saisir une fenêtre de marché, la différence est décisive.
- Le coût : la mise en place et l’administration d’un certificat sont sensiblement moins lourdes que celles d’un fonds. La numérisation de l’émission — plateformes de titrisation « as a service » — a encore abaissé le ticket d’entrée, ouvrant l’instrument à des gérants et à des cercles d’investisseurs plus larges.
- La flexibilité : l’univers d’investissement d’un AMC peut couvrir des actifs difficiles à loger dans un fonds traditionnel — stratégies de niche, actifs alternatifs, monnaies numériques — tout en restant un titre bancable ordinaire du point de vue du dépôt.
Le régulateur suit cette croissance avec attention : la FINMA a signalé dès 2021 que les modèles d’affaires reposant sur des AMC garnis d’instruments propres à l’émetteur présentaient des risques accrus, exigeant une gestion des risques séparée et des contrôles internes renforcés. Et l’ASPS a codifié les bonnes pratiques : conseiller de stratégie disposant d’une organisation adéquate (au minimum deux personnes qualifiées), stratégie enregistrée par écrit et communiquée de façon compréhensible, prix établis en continu dans des conditions normales de marché (et non une fois par jour), transparence intégrale des frais.
AMC, fonds, ETP : le tableau comparatif
| Critère | AMC | Fonds (LPCC) | ETP adossé (crypto) |
| Nature juridique | Créance envers l’émetteur (produit structuré) | Part d’un patrimoine collectif ségrégué | Créance envers l’émetteur, généralement collatéralisée |
| Protection en cas de faillite | ⚠️ Pas de ségrégation (sauf structure SPV/collatéral) | ✅ Actifs distraits de la masse en faillite | 🔶 Collatéral affecté, selon la structure |
| Agrément du produit | Pas d’agrément de type fonds ; documentation LSFin | Agrément et surveillance FINMA | Cotation et documentation ; pas un fonds |
| Lancement | ✅ Semaines, coûts réduits | ⚠️ Mois, coûts élevés | Intermédiaire |
| Univers d’investissement | ✅ Très large (y compris actifs numériques) | Encadré par la réglementation du fonds | Généralement un actif ou un panier défini |
| Gestion | Active, discrétionnaire | Active ou indicielle | Le plus souvent passive |
| Frais | Selon documentation — à lire poste par poste | TER publié, cadre réglementaire | Frais de gestion publiés |
Le tableau ne désigne pas de « meilleure » enveloppe : il montre que le même mot — « produit d’investissement » — recouvre des réalités juridiques différentes, et que la protection des actifs, la vitesse de lancement et la liberté de gestion se paient l’une l’autre.
Les frais : ce que la documentation doit montrer
Les recommandations ASPS sont précises : tous les frais applicables doivent être clairement indiqués dans la documentation du produit, et pour chaque poste, le montant ou son mode de calcul, la manière dont il est facturé, son bénéficiaire et la prestation fournie en contrepartie. S’y ajoute une règle importante : l’interdiction de la double rémunération (« double dipping ») — le conseiller de la stratégie ne peut pas encaisser de rémunérations sur les composantes de l’actif sous-jacent (rétrocessions, commissions) sans les créditer au sous-jacent.
En pratique, la structure de coûts d’un AMC combine généralement une commission de gestion, des frais d’émission et d’administration, et les écarts de cours (spreads) à l’achat et à la vente. Selon la stratégie et la plateforme, le total peut être inférieur ou supérieur à celui d’un fonds comparable — la différence est que le fonds publie un TER normé, tandis que l’AMC exige une lecture attentive de sa documentation. Les autorités de surveillance ont d’ailleurs fait de la transparence des coûts des AMC un point d’attention explicite.
L’angle numérique : pourquoi tant de stratégies crypto passent par des AMC
Les monnaies et actifs numériques figurent explicitement parmi les sous-jacents possibles d’un AMC — et l’enveloppe s’est imposée comme l’une des voies d’accès privilégiées aux stratégies crypto en Suisse, aux côtés des ETP adossés.
Les raisons sont celles déjà décrites, portées à leur maximum : loger des actifs numériques dans un fonds LPCC traditionnel reste un exercice étroit, alors qu’un AMC peut répliquer une stratégie crypto gérée activement et la rendre bancable — un ISIN dans un dépôt ordinaire, sans portefeuille numérique ni garde directe de jetons pour l’investisseur.
La grille de lecture reste rigoureusement la même que pour tout AMC, avec un relief particulier :
- L’émetteur et la garantie d’abord : pour un sous-jacent volatil et conservé par des dépositaires spécialisés, la question « qui détient quoi, et qu’advient-il en cas de défaillance ? » est encore plus structurante. Les ETP crypto répondent généralement par un collatéral détenu en garde ; pour un AMC, la réponse dépend de la structure d’émission.
- La liquidité ensuite : un certificat non coté se revend auprès de l’émetteur, aux conditions prévues par la documentation ; l’établissement des prix en continu recommandé par l’ASPS prend ici toute son importance.
- Les frais enfin : frais de gestion, de garde spécialisée et spreads s’additionnent sur des marchés déjà volatils.
Les limites et points d’attention
Quatre points complètent le tableau. D’abord, les conflits d’intérêts : lorsque le conseiller de la stratégie est aussi le gérant de fortune ou le distributeur auprès de l’investisseur final, l’ASPS exige des mesures organisationnelles et la communication de ces conflits au client et à l’émetteur — un point que la documentation doit refléter.
Ensuite, la liquidité : tous les AMC ne sont pas cotés. Pour un certificat non coté, la sortie dépend des conditions de rachat prévues par l’émetteur ; la profondeur du marché secondaire n’a rien de comparable avec celle d’un fonds ouvert au remboursement.
Troisièmement, la fiscalité : le traitement fiscal d’un AMC pour un investisseur privé en Suisse dépend étroitement de la structuration du produit et de son reporting fiscal — la répartition entre rendement imposable et gain en capital n’est pas uniforme d’un certificat à l’autre. Le statut de chaque produit se vérifie dans sa documentation et dans la liste des cours de l’Administration fédérale des contributions.
Enfin, une remarque de périmètre : l’essor des AMC a aussi des implications côté gérants — au-delà de certains seuils d’actifs, la gestion d’un AMC peut requalifier son conseiller en gestionnaire de fortune collective soumis à agrément. Un signe, s’il en fallait, que la frontière entre l’enveloppe structurée et le monde des fonds est surveillée de près.
Conclusion
Le certificat activement géré est l’un des instruments les plus caractéristiques de la place financière suisse : une enveloppe qui transforme une stratégie de gestion en titre unique, en quelques semaines, avec une liberté d’univers d’investissement inégalée — au prix d’une nature juridique qu’il faut avoir comprise : une créance envers un émetteur, sans la ségrégation d’actifs d’un fonds.
Les recommandations de l’ASPS ont doté le marché d’un cadre de bonnes pratiques — stratégie documentée, prix en continu, frais détaillés, conflits d’intérêts déclarés — qui donne à l’investisseur les moyens de poser les bonnes questions : qui émet, avec quelle garantie, à quels frais, et selon quelle stratégie consultable. Autant de réponses qui figurent — ou devraient figurer — dans la documentation de chaque certificat.
Pour une autre illustration de la manière dont la technologie transforme l’accès aux actifs, nous renvoyons le lecteur à notre article sur la tokenisation immobilière.
Sources
- ASPS / SVSP – « Recommandations concernant les certificats activement gérés ou "actively managed certificates" (AMC) » (adoptées le 13 décembre 2019, en vigueur au 31 mars 2020)
- BDO – « Actively Managed Certificates (AMC) », Wealth Management News
- Everon – « AMCs (certificats gérés activement) : conseils et informations »
- KM3 Asset Management – "The Rise of Actively Managed Certificates (AMCs): 2026 Market Update" (données de marché ASPS/SSPA)
- Loi fédérale sur les services financiers (LSFin), RS 950.1
- Loi fédérale sur les placements collectifs de capitaux (LPCC), RS 951.31
